Semaine nationale de l’Internet: du rituel à la nécessité!

La fête de l’Internet 2012 au Burkina Faso, commence à battre son plein avec l’ouverture hier du Salon International des TIC de Ouagadougou (SITICO), une de ses activités phares. Présentée comme une manifestation annuelle à caractère national de promotion et de vulgarisation de l’Internet et des autres technologies de l’information et de la communication (TIC), la semaine nationale de l’Internet (SNI) a pourtant laissé beaucoup sur leur faim depuis sa première édition.

La fête de l’Internet célébrée depuis 1998 au Burkina Faso par un collectif d’associations et d’ONG au départ et par la suite par un comité sous la direction de l’ancienne Délégation Générale à l’Informatique a été institutionnalisée il y a de cela 9 ans déjà en Semaine Nationale de l’Internet et des autres TIC. Dès lors, on a vite cru que les autorités allaient faire de l’Internet un véritable outil de développement pour la masse. Mais, sur le terrain, en discutant « les habitants du pays réel », c’est à dire les simples citoyens, on se demande ce qui est réellement fait pour amener le grand public à s’y intéresser ?

Une connexion internet à compte goutte

Le web constitue une partie intégrante de l’espace de travail des citadins nantis de quelques grandes villes du Burkina Faso ainsi que des élèves et étudiants des centres urbains. Beaucoup de gens font presque la moitié de leur travail via le réseau Internet. On comprend la fureur des usagers Internet quand le web ralenti, rame, vient à compte goutte et se meurt.

Ces deux dernières années ont été un chemin de croix pour les usagers d’Internet au Burkina. Quant ce n’est pas l’électricité qui lâche (tous les coups y sont passés avec dame SONABEL : le coup « de la pièce défectueuse d’une des grandes centrales électriques du pays », le coup « des installations électriques qui ne supportaient pas la forte demande en électricité des populations pendant les mois de chaleur », le coup « du manque d’eau », etc. et pourtant les délestages persistent.), c’est le web qui plante et alors, c’est la croix et la bannière pour qui se refuse à reprendre  son ancien stylo ou sa machine mécanique à écrire.

Pourtant nous voilà entrain de fêter en grandes pompes la 8eédition de la SNI! Salle des Banquets de Ouaga 2000, cérémonie d’ouverture oblige ! Pavillon climatisé du SIAO pour exposition SITICO, débat télévisé, nuit du web, et on en passe.

Messieurs les gouvernants, nous admettons que  les villageois sectionnent les fibres optiques à la recherche de racines ou de rats, que la demande avance plus vite que l’offre, mais que voulez vous ? Ce que vous faites, c’est bien, mais ce n’est pas arrivé. Nous réclamons la qualité des services qui laisse à désirer pour le prix que nous payons. 

Messieurs les gouvernants, si vous ne résolvez pas la question de l’Internet au Burkina, il est mieux de ne pas faire de SNI, parce que vous ne pourrez pas nous convaincre de travailler, de mettre des contenus locaux pendant que nos populations (qui ont les moyens !) n’ont pas la possibilité de se connecter. Si le Burkina veut investir dans la e-économie, la question de la connectivité doit être au centre de notre semaine de réflexion sur les TIC. Il est encore plus préférable une semaine de réflexion sur la connectivité au lieu d’une semaine pour fêter quelque chose d’inaccessible à nos yeux.

Au délà des thèmes ronflants

Pour un secteur fuyant comme celui des TIC, il n’y a pas de place à l’amateurisme, à l’hésitation. Pour autant, ici au Faso, concernant la SNI, plus qu’une réflexion sur les thématiques prioritaires, c’est au gré des thèmes porteurs, vendeurs ou même ronflants que nous avançons. En changeant de thème chaque année, la SNI devrait montrer les acquis dans le domaine du thème ou encore, faire un projet durable dans ce sens afin d’intéresser les éventuels partenaires. Dans ce sens la thématique de la présente édition : « TIC et monde rural » qui a proposé une visioconférence avec sept chefs-lieux de régions leur permettant de suivre en direct la cérémonie d’ouverture est à saluer.

Cependant, pourquoi ne pas faire le bilan chaque édition passée? Où en sommes-nous avec « TIC et aménagement du territoire » après avoir terminé avec « TIC et éducation » ? Et « TIC et santé » ? Nos lycées ne sont pas connectés et les TIC non intégrés à l’enseignement, les infirmiers manquent toujours d’appareils photos numériques ! Au besoin, nous pouvons faire 5 ans sur une thématique pour apprécier chaque année les avancées et les corrections qui s’imposent. De toutes les façons, à ce rythme, nous épuiserons les thèmes vendeurs et risquerons d’enterrer cette histoire de SNI car devenue un gouffre financier de plus.

Mais, pourquoi ?

–        Pourquoi ne pas sanctionner les opérateurs qui nous coupent des jours durant Internet?

–        Pourquoi ne pas créer un webmail national et permettre à tout le monde d’avoir un espace .bf à bas prix ?

–        Pourquoi ne pas simplement lever les taxes pour tout le monde si tant est que ces outils sont importants et nécessaires?

–         Pourquoi ne pas repenser le système éducatif qui est dépassé et ne cadre plus avec les TIC ?

Messieurs les gouvernants, c’est vous qui avez planifié cette addiction, c’est vous qui nous avez mis l’eau à la bouche avec votre histoire de semaine de l’Internet. Et pourtant vous le savez bien, il n’y a pas de remèdes magiques contre la drogue Internet. Elle vous attrape, vous assoiffe, vous tord le coup et étire nos doigts qui passent leur temps à pianoter sur des claviers.

Si vous organisez une fête des TIC, c’est que vous devrez être capable de nous satisfaire : on a soif du Web, Messieurs!!!

Pour un pays sans grandes ressources naturelles et qui devrait se positionner comme un pôle de services, il faut une forte volonté politique pour promouvoir les TIC, incontournables dans ce secteur. Il faudrait investir dans la formation des hommes, lever les taxes et créer des centres de compétences de haut niveau de type micro technopoles où les jeunes pourront venir travailler pour le reste du monde. Les jeunes au Burkina sont également doués et attendent de cadres favorables pour se lancer.

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