La crise somalienne, l’autre silence coupable de la communauté internationale.

532720-650746A Mogadiscio, les combats ont repris début mai, faisant de la capitale du pays, un immense mouroir. D’après le ministre somalien des Affaires Etrangères, Mohamoud Ibrahim, les affrontements entre l’armée régulière et les islamistes radicaux ont fait au moins 208 morts et 700 blessés depuis le début de l’offensive des insurgés, le 7 mai. « 

Pratiquement sans état depuis 1991 lorsque le régime de Siad Barré s’est écroulé, la Somalie a vécu de crise en crise depuis. À l’époque, l’homme fort du pays, Siad Barré, qui avait été pendant les années 1980, l’allié des Etats-Unis dans leur lutte contre l’Éthiopie « socialiste » proche de l’Union Soviétique, était renversé par une alliance hétéroclite de chefs de clans et de seigneurs de la guerre. Mais rapidement après leur prise du pouvoir, ces factions militarisées se sont mises à s’entre-déchirer, faisant de la capitale du pays, Mogadiscio, un immense mouroir. Selon la FAO, plus de 2,6 millions de Somaliens sont menacés par la famine. C’est beaucoup pour un pays qui compte moins de 9 millions d’habitants. Depuis l’invasion éthiopienne de décembre 2006, une grande partie des habitants de Mogadiscio, la capitale, a fui la ville pour aboutir dans des camps de déplacés informels, sans accès à aucun service.

A Mogadiscio, les combats ont repris début mai. D’après le ministre somalien des Affaires Etrangères, Mohamoud Ibrahim, les affrontements entre l’armée régulière et les islamistes radicaux ont fait au moins 208 morts et 700 blessés depuis le début de l’offensive des insurgés, le 7 mai.  »

Plus de 220 personnes, en majorité des civils, ont été tuées dans ces affrontements depuis l’offensive des islamistes. Quelque 86.000 ont fui leurs habitations, plus d’un quart d’entre elles trouvant refuge dans les camps déjà surpeuplés d’Afgoye, à 20 km à l’ouest de la capitale, selon un nouveau décompte publié mercredi par le Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR).

« Environ 400.000 déplacés par les années de conflit sont désormais réfugiés à Afgoye », selon l’organisation non gouvernementale Oxfam.

L’ombre de Washington sur le conflit

Déjà en janvier 2007, une analyse de la situation a été brillamment dépeinte sur « Franc Parler » par Tony Busselen ici. Il dit: « Étonnamment, bien des commentaires des médias étrangers montrent les Etats-Unis du doigt et mettent en garde contre les conséquences. […]. Le 26 décembre, il écrivait dans l’éminent journal américain International Herald Tribune un article intitulé Somalie : une guerre sans pitié pour le compte des USA. »

« Le gouvernement Bush a ouvert un nouveau front dans le monde musulman. Avec le soutien entier et l’entraînement militaire des USA, 15.000 soldats éthiopiens ont pénétré en Somalie (…) Il est extrêmement imprudent, de la part des USA, d’avoir allumé cette guerre entre l’Éthiopie et la Somalie. Des experts indépendants, également de l’Union européenne, ont unanimement mis en garde contre le fait que cette guerre pouvait déstabiliser toute la région. Une révolte des Somaliens, qui sont plusieurs millions à vivre au Kenya et en Éthiopie, va sans aucun doute éclater, suite à cela. »

Ce fait de s’ingérer dans la politique intérieure d’un Etat fut l’apanage de l’administration Bush avec son concept de « guerre préventive ». Barack Obama a plutôt depuis son arrivée l’air préoccupé par la question du proche orient. Il ne s’est jusque là pas ou peu prononcé sur la question somalienne, cet autre gâchis de l’ère Bush.

Le silence assourdissant de la communauté internationale.

La formation au Kenya en octobre 2004 du Gouvernement fédéral de transition (GFT) de Somalie a été présentée comme un progrès et un éventuel remède à une crise qui se prolonge. Mais cet optimisme s’est dissipé dès l’année suivante du fait des divisions internes qui empêchent le GFT de faire un quelconque progrès en matière de renforcement de l’État et de ses institutions.

L’ONU, par la voix de son secrétaire général, Ban Ki-moon, a vivement condamné en fin mai les attaques répétées des groupes islamistes radicaux visant à renverser le « gouvernement légitime » en Somalie; rien que ça!

Quand à l’Amisom (la Mission de l’Union africaine en Somalie), elle manque de moyens et surtout rongé par le sentiment que la population ne comprend pas sa présence à Mogadiscio!

Le président somalien Cheikh Sharif Cheikh Ahmed a appelé lundi à une aide de la communauté internationale dans la lutte contre les rebelles islamistes qui tentent de prendre le contrôle de Mogadiscio.

« Je tiens à dire au peuple somalien et au monde que nous avons besoin de l’aide pour défendre notre pays contre l’agression flagrante visant à priver les Somaliens de la liberté, de la stabilité et de la souveraineté », a dit M. Ahmed au cours d’une conférence de presse dans sa résidence à Mogadiscio.

Le drame somalien a atteint une intensité singulière qui devrait le faire paraître de «critique» comme celles du Darfour ou de la République démocratique du Congo. Comment expliquer alors la négligence de la communauté internationale ? C’est vrai, la Somalie n’a ni gaz ni pétrole, contrairement au Soudan plus à l’ouest et aux pays du Golfe juste en face, ce qui fait en sorte que les «intérêts stratégiques» des pays occidentaux ne sont pas directement en jeu. Mais ce contexte ne doit pas faire en sorte que la question somalienne malgré les efforts de certains pays européens et africains n’apparaîsse plus sur l’agenda international.

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