Crise à l’Université de Ouagadougou : Les politiciens s’en mêlent !

Le cadre de Concertation des partis politiques de l’opposition (CPO) a fait une déclaration sur la crise universitaire au Burkina Faso. Dans cet écrit, la présidence de cette structure dit apporter son soutien aux enseignants-chercheurs dans leurs justes revendications. Elle pense que “le gouvernement veut distraire la galerie en parlant beaucoup sans poser des actes concrets”.

“Les crises universitaires qui secouent les universités du Burkina Faso sont devenues récurrentes ces dix dernières années : en 1997, on a frôlé de très près une année blanche ; en 1999 ce fut l’année invalidée. On l’aura remarqué, les crises de ces dix dernières années ont toujours opposé des étudiants au gouvernement à propos de leurs conditions de vie et d’étude. Cependant, depuis l’année dernière, des mouvements de grève régulière se font sentir du côté des enseignants-chercheurs.

La présente grève lancée depuis plus de deux mois par le SYNADEC (Syndicat autonome des enseignants-chercheurs) dans le contexte d’une année universitaire entamée dans des conditions difficiles, plonge la majorité des étudiants des universités publiques du Burkina Faso dans l’incertitude quant à l’issue de l’année. En effet, les conditions de vie et de travail des enseignants-chercheurs se sont fortement dégradées ces dernières années dans le silence total des autorités.

Or, comme les autorités le reconnaissent elles-mêmes, l’université de Ouagadougou est l’une des plus performantes de la zone UEMOA (2e université) sûrement en raison de la qualité et de l’acharnement au travail de nos enseignants-chercheurs. En dépit de la performance des enseignants-chercheurs, il apparaît qu’ils sont les moins bien traités au plan salarial dans la zone UEMOA comme en témoigne le tableau ci-dessous qui donne une indication comparative des traitements des enseignants-chercheurs dans quatre pays de l’UEMOA.

La présente grève vise à exiger des autorités de la quatrième république une amélioration substantielle du traitement salariale et de l’environnement de travail des enseignants-chercheurs du Burkina Faso. Cette plate-forme est commune et soutenue par tous les syndicats présents sur le terrain universitaire et de la recherche scientifique et se décline en trois points essentiels qui sont :

–          la valorisation du statut de l’enseignant-chercheur ;

–          l’apurement de la dette sociale ;

–          la convocation d’assises sur l’état des lieux et l’avenir de l’université et de la recherche.

Après des échanges plus ou moins fructueux entre le gouvernement et le SYNADEC sur un certain nombre de points de la plate-forme, les négociations semblent actuellement bloquées en ce qui concerne la grille salariale, principal point de revendication du SYNADEC. Manifestement, on peut faire le constat que les choses sont dans l’impasse et les deux acteurs ne parlent pas le même langage.

Face à une telle situation, le CPO a entrepris des démarches pour bien comprendre ce qui divisent les acteurs de la crise. Mais surtout pour les deux raisons suivants :

–          d’abord, il s’agit d’une affaire nationale dont les conséquences sur le climat social général de notre pays nous interpellent tous ;

–          ensuite, un pays comme le nôtre, sérieusement handicapé dans son processus de développement par de nombreux facteurs, a l’impérieux devoir de gérer avec efficacité les problèmes qui ont trait aux ressources humaines. Si l’ambition du gouvernement, comme il le proclame lui-même, est de faire du Burkina, un pays émergent (notamment à travers une “valorisation du capital humain”), on peut difficilement comprendre la façon dont il gère les problèmes de l’université.

On ne peut aujourd’hui développer durablement un pays sans allocation de ressources budgétaires significatives à la recherche et la formation des ressources humaines ; sauf à croire que l’on peut faire du Burkina un pays émergent sans un système éducatif et notamment universitaire performant. Après avoir entendu les différentes parties prenantes dans cette crise, et eu égard aux deux motifs précédemment évoqués, le CPO faits les constats suivants :

Au lieu de chercher à résoudre les problèmes concrets posés par les enseignants-chercheurs, le gouvernement de la quatrième république, comme à son habitude sur tous les autres sujets qui préoccupent les Burkinabè, se lance dans des tergiversations inutiles et ridicules.

Le gouvernement n’a pas le courage de mener les concertations entamées jusqu’à leurs termes et tout en s’arc-boutant sur la perspective d’un statut particulier de l’enseignant-chercheur tente par les manœuvres dilatoires de briser la lutte légitime du SYNADEC.

Comme dans ses luttes contre la pauvreté et la corruption, le gouvernement veut distraire la galerie en parlant beaucoup sans poser des actes concrets, en oubliant que dans ce cas précis, il a face à lui des enseignants dont l’avenir dépend de l’issue des discussions.

Dans le fond, c’est parce que le gouvernement de la quatrième république manque de véritable politique et même d’un minimum de lignes directrices dans le domaine de l’éducation et de la recherche qu’il se trouve désarmé pour discuter avec les acteurs du système éducatif.

Le Cadre de concertation des partis politiques de l’Opposition :

–          apporte tout son soutien aux enseignants-chercheurs dans leurs justes revendications de meilleures conditions de travail et de vie ;

–          invite le gouvernement à faire droit à la grille salariale du SYNADEC, dans la mesure où cette grille fut proposée en 1998 à l’occasion d’un colloque organisé sur l’avenir de l’université ;

–          propose qu’il soit institué une formule pour alimenter un fonds de développement des universités (cela pourrait être l’affectation systématique d’un pourcentage des recettes de l’Etat) ;

–          rappelle au gouvernement que “la valorisation du capital humain” passe nécessairement par une forte promotion du système éducatif national dans son ensemble, et en particulier de l’université, principale pourvoyeuse de ressources humaines qualifiées et de l’expertise nationale ;

–          rappelle au gouvernement que dans tous les cas, si la crise conduisait à rendre l’année blanche ou à un redoublement massif des étudiants, le gouvernement ne fera que compliquer davantage les problèmes de l’université (insuffisance des infrastructures pédagogiques, académiques et de recherche, déficit en personnel d’enseignement et d’encadrement, faible couverture des besoins socio-économiques des étudiants, etc.) ;

–          exige du gouvernement la convocation d’assises sur l’état des lieux et l’avenir de l’université et de la recherche dans notre pays s’il ne veut être tenu pour responsable de la déliquescence des universités du Burkina.

Le CPO exhorte l’ensemble des syndicats à une plus forte unité d’action afin d’amener le gouvernement à examiner la présente plate-forme revendicative et les autres points de revendication notamment les libertés et les franchises universitaires.

Ouagadougou, le 13 juin 2009

Pour le CPO
Le président
Djéjouma SANON

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