Notre grève, un salut pour l’université

Le bras de fer entre le gouvernement et le SYNADEC, se poursuit toujours au grand dame des étudiants de l’Université de Ouagadougou.
La semaine dernière le Pr Magloire SOME, SG du SYNADEC a donné une interview à la presse et voilà ce qu’il dit en résume: « Notre grève, un salut pour l’université »

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Le SYNADEC est toujours en grève alors que le gouvernement dit avoir répondu favorablement à certaines de vos doléances.
Une plate-forme comporte plusieurs éléments. La question de la dette sociale a été satisfaite au forceps par le gouvernement, qui a fini par accepter aussi le principe de la négociation pour la revalorisation du statut des enseignants. C’est la question de la revalorisation du statut qui pose problème aujourd’hui. Ce problème peut-il être résolu sur-le-champ ?
• Nous sommes dans un processus de négociation. Quand on est en négociation, c’est pour s’accorder sur quelque chose et en définir les modalités d’application. Nous souhaitons qu’on dise, par exemple, qu’on nous accorde des bureaux, qu’on réduise le ratio enseignants/bureau parce que les bureaux servent d’encadrement de la recherche. Compte tenu du fait qu’il n’y a pas suffisamment de bureaux, c’est un élément que nous revendiquons aujourd’hui. Il y a aussi la recherche. Le gouvernement doit appuyer les enseignants dans le domaine de la recherche, ce qu’il ne fait pas suffisamment si bien que nous demandons qu’il fasse des efforts supplémentaires.
Ensuite, il y a la question du traitement salarial, qui comprend deux volets : les indemnités et la grille salariale. Nous avons suffisamment montré qu’en tant qu’enseignants-chercheurs obligés de passer un concours international dans le cadre de notre promotion, nous sommes les plus mal payés de la sous-région UEMOA. Alors, nous avons montré, à travers les grilles comparatives, notre traitement. Le gouvernement est conscient du fait que nous sommes les plus mal payés.
Nous nous posons la question de savoir pourquoi, malgré cela, il est en train de tourner sur cette question pertinente de la revalorisation pour sauver les universités du Burkina Faso. Si on revalorise le statut, on va rendre attrayante la fonction en permettant à cette jeunesse que nous formons de nous prendre pour des modèles et de vouloir suivre nos pas, donc de vouloir se former eux aussi comme enseignants-chercheurs afin de venir renforcer l’équipe de formation et d’assurer la relève.
Nous leur demandons donc de nous payer conséquemment par rapport à la tâche, très difficile, à laquelle nous sommes astreints. La balle est maintenant dans le camp du gouvernement. Nous avons enclenché un mouvement de grève, le gouvernement avait entrepris des négociations avec nous, mais les a rompues entre-temps. Nous attendons que les choses puissent aboutir.

Des médiations sont en cours pour une issue heureuse. Où en êtes-vous avec les discussions ?
Nous ne refusons pas une médiation. Mais nous nous sommes toujours posé la question du pourquoi une médiation dans une situation où il n’y a pas de blocage. Le gouvernement a saisi le patronat, les centrales syndicales, le conseil scientifique de l’université. Il y a des directeurs d’UFR qui se sont constitués librement comme médiateurs.
Quand on demande à des centrales syndicales de faire la médiation entre le gouvernement et un syndicat, cela veut dire qu’on dévolue un autre rôle aux centrales syndicales. Il est vrai que nous sommes un syndicat autonome, mais nous restons un syndicat. Donc, demander à un syndicat de faire la médiation entre le gouvernement et un autre syndicat fait que nous nous posons des questions sur la pertinence de la médiation.
Au stade actuel de l’évolution de la situation, l’année universitaire peut-elle être sauvée ?
• Cette question est à poser au président du conseil scientifique de l’université qui peut apprécier.
Si rien n’est fait, vous maintenez votre mot d’ordre de grève ?
• Pourquoi voudriez-vous que nous levions un mot d’ordre de grève alors que nous avons tenu jusque-là ? Si nous le faisons, l’opinion nationale ne nous prendra pas au sérieux. Il en est de même pour le partenaire d’en face. Nous allons donc tenir jusqu’à ce qu’un accord avec le gouvernement soit trouvé.
N’y a-t-il pas de mesures de répression à votre égard, notamment les coupures de salaire ?
• C’est évident comme dans tous mouvement social. C’est une arme que le pouvoir finit par utiliser contre les gens. Pour l’instant, il n’a pas recouru à cette arme, mais la possibilité de le faire n’est pas exclue. Une chose est sûre : nous sommes engagés jusqu’au bout. Les collègues enseignants disent que c’est un mouvement pour le salut de l’université. Rarement, on a vu une grève où l’ensemble de la communauté universitaire est mobilisée. Tout le monde n’est pas du SYNADEC, mais tous trouvent que notre plate-forme est juste. Le gouvernement sait que c’est l’ensemble de la communauté universitaire qui est mobilisé.
Toutes les universités sont paralysées parce que c’est nous qui dispensons les cours aussi à Bobo-Dioulasso et à Koudougou. Aujourd’hui (Ndlr : l’interview a eu lieu le mardi 12 mai 2009), nous avons eu une rencontre avec la partie gouvernementale, et bientôt, nous serons conviés à une autre séance de travail.
Dans tous les cas, la balle est dans le camp du gouvernement. Nous avons identifié et posé des problèmes réels qui sont au cœur des préoccupations des enseignants du supérieur au Burkina Faso. Nous demandons aux autorités d’agir pour sauver la situation, en examinant favorablement cette plate-forme, qui est juste et qui mobilise les enseignants.
Entretien réalisé par Adama Ouédraogo Damiss & Jean-Marie Toé/ L’observateur

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