GREVE DES ENSEIGNATS DU SUPERIEUR : Menaces sur l’année académique!

nouvel amphiLe personnel enseignant des universités et instituts publics du Burkina n’est pas content. Et sa salve en préparation, pour manifester sa sainte colère, devrait prendre la forme d’une grève illimitée à compter du 8 avril prochain. Regroupé au sein du Syndicat national autonome des enseignants-chercheurs (SYNATEC), ce personnel dit avoir fait preuve de suffisamment de patience et de coopération. Mais, en faisant les comptes, c’est un sentiment de déception qui l’anime, ses militants estimant notamment que leur interlocuteur, la partie gouvernementale en l’occurrence, n’a pas joué la carte de la bonne foi.

On en est donc arrivé à une situation de blocage, que le SYNATEC explique en partie par les manœuvres dilatoires par lesquelles le gouvernement s’est, selon lui, jusque-là illustré. A présent que le dialogue est rompu et que les enseignants-chercheurs ne voient pas d’autre alternative que la grève, n’y a-t-il pas lieu de craindre pour l’avenir, et en particulier pour l’année académique ? En tout cas, la période de cette grève tombe mal. Elle intervient en effet en avril, donc en pleine année académique. S’achemine-t-on vers une année invalidée ? Et peut-on déjà parler de spectre d’une année blanche ? Une chose est certaine : le SYNATEC a montré qu’il est un syndicat qui mobilise.

Il n’aurait aucune difficulté à « faire mal « , en paralysant, des jours durant, les universités et les instituts publics. C’est dire que le SYNATEC est un interlocuteur à prendre au sérieux et que ses revendications doivent être analysées avec la plus grande attention. Mais que demandent les enseignants-chercheurs ? Primo : la revalorisation du statut de l’enseignant-chercheur. Secundo : le payement de la dette sociale. Des revendications a priori justifiées dans la mesure où il apparaît clairement que l’on n’accède pas à la fortune en embrassant le métier de l’enseignement. Surtout pas au Faso.

On dit généralement de l’enseignement que c’est un métier noble. Noble parce que c’est bien à l’enseignant qu’il revient la lourde mission de préparer les jeunes générations à assurer la relève. Noble parce que c’est lui qui aura formé et préparé X ou Y, à être un Homme. Mais ne dit-on pas aussi que l’enseignement est un métier ingrat ? En cela, on n’apprend rien à personne : le métier d’enseignant au Burkina n’a plus rien de valorisant. La période où l’enseignant était craint et respecté semble révolue. Et dans un pays pauvre comme le Burkina où le revenu mensuel par habitant ne vaut pas grand-chose, est l’un des plus bas de la sous-région, les voies de bien-être social, pour qui embrasse ce métier, semblent bien étroites. Reste que ce qui semble plutôt préoccuper les enseignants qui iront encore en grève, c’est d’obtenir du gouvernement, qu’il leur garantisse de meilleures conditions de vie et de travail.

Dans un contexte généralisé de crise économique et d’inflation galopante qui n’épargne personne, pas même l’enseignant-chercheur à l’université, il faut bien pouvoir faire face à la vie chère ! Si le salaire n’a pas connu une hausse notable alors que le coût de la vie, lui, ne cesse d’augmenter, quoi de plus normal pour les enseignants du public que d’aller vendre leurs compétences ailleurs, notamment dans les établissements privés. Ils deviennent des enseignants vacataires en puissance, ce qui n’est pas sans conséquence sur la qualité des prestations dans le public. Autres conséquences de la situation de précarité dans laquelle les enseignants estiment être plongés : le risque que les plus brillants d’entre eux se fassent embaucher par des universités et instituts d’ailleurs, le pays n’offrant pas de cadre idéal pour promouvoir et valoriser leur statut et leurs activités de recherches. Sans doute dans leur fort intérieur, les autorités reconnaissent-elles la justesse du combat mené par ces enseignants qui seront bientôt rejoints par un autre syndicat d’enseignants.

Pour autant, vont-elles satisfaire les revendications de tous ces enseignants ? Rien n’est moins sûr. D’autant que si le gouvernement a toujours mis en avant le manque de moyens, ce n’est pas dans cette difficile situation de crise qu’il saura se montrer plus conciliant. Alors, que faire ? Quoi qu’on dise, la franchise doit prévaloir dans toute négociation qui viendrait à être re-engagée entre le gouvernement et les syndicats. Le gouvernement, en particulier, devra donner le sentiment qu’il reste sans cesse ouvert, mais surtout franc. Cela lui évitera d’être toujours taxé d’interlocuteur qui ne sait pas respecter ses engagements et qui fait dans la fuite en avant continuelle. Toujours est-il que l’éducation ne doit pas être sacrifiée sur l’autel de la crise. Elle est et doit rester une priorité. Tout comme la fonction enseignante ne doit jamais cesser d’être valorisée. A quoi serviraient les belles infrastructures de l’éducation si elles sont sans enseignants ?

Des enseignants dont la qualité est reconnue au-delà de nos frontières, malgré leurs moyens limités. Il suffit de prendre connaissance des résultats des concours pour les enseignants admis au CAMES pour s’en convaincre. Tout ce qui manque à l’enseignant, ce sont des moyens et de la motivation. Ses résultats seront meilleurs s’il se sait toujours accompagné par l’Etat. Pour sûr, ce n’est certainement pas une fierté pour tout bon enseignant que de donner une formation au rabais à ses étudiants. Ce n’est pas non plus une fierté s’il éprouve le sentiment qui est lui-même une menace pour le système éducatif. Mais que peut-on faire quand on a le sentiment d’avoir été oublié et que l’Etat ne veut pas faire ce qu’il doit faire ? En tout état de cause, au regard de certaines dépenses de l’Etat, dire à l’enseignant qu’il n’y a pas d’argent dans ce pays pour améliorer son sort ou pour financer des recherches, est un message qui passe difficilement. Et aussi vrai que l’Education est au début et à la fin de l’aventure humaine sur cette terre, tout gouvernement ardemment désireux de développement doit avoir le génie de trouver les voies de valorisation de l’enseignement et de la fonction enseignante.

« Le Pays »

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