Fortune du despote Mobutu en Suisse : Un trésor bien incommodant !

mobutuLa Suisse s’apprête à restituer à la famille de l’ancien président zaïrois Mobutu Sesse Seko, les fonds fardés dans ses banques, après qu’elle eut tenté à maintes reprises de les restituer à Kinshasa pour qu’ils soient réinjectés dans les caisses de l’Etat. Bien évidemment, face au silence présumé ou réel du gouvernement de Kinshasa, il ne fallait pas s’attendre à ce que la famille de l’ancien président fît la fine bouche devant ce magot estimé à 8 millions de dollars.

Au cas où les autorités congolaises n’auraient pas effectivement réagi, on aurait du mal à comprendre leur attitude. Quel intérêt ont-elles à rester sourdes à l’appel du pied des autorités suisses ? Un rapatriement de la fortune de l’aigle de Kawele peut-il, d’une façon ou d’une autre, être de nature à embarrasser le pouvoir congolais ? La République démocratique du Congo (RDC) a-t-elle jugé trop complexe, la démarche à suivre pour que l’argent retrouve le chemin des caisses de l’Etat ? Ou bien n’est-elle pas en mesure d’apporter la preuve que les capitaux étaient bel et bien de l’argent public ? En tout cas, la RDC n’aura pas engagé un combat perdu d’avance puisque, dans le cas d’espèce, la Suisse manifeste une volonté de coopérer et mieux, lui indique la voie à suivre dans la procédure de restitution de la fortune de l’ex-président. En adoptant une telle démarche, Genève a sans doute fini par trouver le magot bien trop encombrant. A-t-elle aujourd’hui mauvaise conscience ? Se cherche-t-elle une porte de sortie honorable ? Se conforme-t-elle aujourd’hui, et malgré elle, au nouveau contexte où les appels à la lutte contre les paradis fiscaux se sont faits plus pressants ? Quoi qu’on dise, il n’est jamais trop tard pour bien faire ; pour faire le pas qui peut contribuer à changer l’image de « coffre-fort » de dictateurs africains qui lui a toujours collé à la peau. Mieux c’est un signal fort que la fédération helvétique envoie à tous ces prédateurs africains qui croient trouver en la Suisse, l’un des meilleurs endroits du monde pour blanchir et faire fructifier leurs biens mal acquis.

De la fortune de Mobutu, la Suisse n’aurait saisi qu’une infime partie, le reste de la manne s’étant, dit-on, envolée vers d’autres paradis fiscaux. Elle avoisinerait en tout, 2,7 milliards d’euros. C’est donc dire qu’il y a toujours une énorme quantité d’argent qui dort dans d’autres asiles financiers.

A qui profitent ces dissimulations et Comment mettre fin à ce mal qui constitue un sérieux handicap pour le développement du continent ?

D’abord à leurs auteurs, à leurs proches, mais aussi aux pays de destination ou d’accueil. Tout cela se fait au détriment de populations toujours plongées dans l’attente d’un quotidien meilleur. Il est clair que les sociétés civiles africaines doivent être aux avant-postes de la lutte. Elles ne doivent pas toujours être à la remorque des organisations de la société civile occidentale qui disposent, il est vrai, de plus de moyens pour mener des luttes plus percutantes. Mais il y va aussi de la responsabilité des pays du Nord. Car, bien souvent, les soutiens étrangers dont bénéficient la plupart des dictateurs et l’opacité qui règne autour de l’acquisition de leurs biens font des pays du Nord des complices, en toute connaissance de cause, de l’enrichissement personnel de ces « dictateurs amis » protégés au plus haut niveau.

Au-delà de l’hypocrisie manifeste des pays occidentaux, se pose un problème d’éthique de la gouvernance internationale. Comment en effet penser autrement, quand l’Occident, tout en posant des actes de générosité à l’égard du continent, est prêt à héberger dans ses coffres-forts, les fortunes de dignitaires africains qui n’éprouvent aucune gêne à piller leur peuple ? Plus de 2 milliards d’euros dans les paradis fiscaux ! Une somme astronomique qui n’est pas sans amener à s’interroger sur l’état de la gouvernance économique qui prévalait à l’époque dans l’ex-Zaïre. L’ère Mobutu, comme dans bien d’autres pays d’Afrique qui vivaient sous le parti unique, avait produit ses tares au nombre desquelles la quasi-inexistence des mécanismes de contrôle de la gouvernance sur tous les plans, politique, économique, démocratique, etc. Comment s’étonner alors que la nature des pouvoirs à l’époque et la faiblesse des institutions des pays africains aient donné des idées à bien des chefs d’Etats de garder de côté quelques fonds, pour assurer leurs arrières et leur avenir ?

Que Mobutu ait exercé des prédations sur son pays, cela ne fait aucun doute. Il faut à présent espérer que tout cet argent enfoui dans les paradis fiscaux reviendra, d’une manière ou d’une autre, à la RDC. Que serait aujourd’hui la RDC si la fortune de Mobutu était reversée dans les caisses de l’Etat ? 2,7 milliards d’euros, ce n’est peut-être pas grand-chose pour ce pays que la nature a comblé de ses grâces infinies. Mais un véritable cadeau du ciel pour le peuple congolais dont les innombrables attentes sociales restent toujours à satisfaire. Mieux, un retour des fonds de Mobutu dans les caisses de l’Etat aurait tout d’un symbole. Le symbole que la RDC n’est plus celle d’avant, qu’elle s’est engagée à rompre avec les pratiques du passé. Ne manifester aucun intérêt à la question du rapatriement des biens de Mobutu, c’est en quelque sorte encourager tous ces Congolais et Africains qui ont choisi d’emprunter le même chemin que les Mobutu et autres despotes.

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